jeudi 16 juillet 2015

3 questions +1 aux membres du CoON, un trio pas comme les autres.

Accordéon, saxo, percussions… laissez-vous surprendre par leur formation originale !

Comment s’est formé votre trio ?

Le CoON : C'est François il y a deux ans qui a eu l'idée d'appeler deux musiciens avec qui il avait joué dans des formations différentes. Le but est de mélanger nos styles musicaux, sans pour autant donner de direction, nous jouons ensemble et quand le son prend une forme qui nous plaît on garde. Nous fonctionnons beaucoup au feeling.

Entre musique cubaine, swing, chanson ou encore musique celtique, vos expériences musicales sont très variées. Que vous apporte une telle multiplicité de styles musicaux ?

François Badeau (accordéon) : Comme en cuisine, j'ai besoin de varier les « saveurs », ça me permet de faire beaucoup de musique sans être écœuré par un seul style. Évidement je ne peux approfondir toutes ces musiques comme je le fais avec la musique bretonne, mais toucher à autre chose permet de s’oxygéner musicalement et de faire beaucoup de rencontres intéressantes.

Vous avez été vétérinaire avant de devenir saxophoniste professionnel. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous consacrer pleinement à la musique ?

Élie Dalibert (saxophone) : Devenir musicien était un rêve d'enfant, quand l'opportunité s'est présentée de pouvoir tourner avec le tout premier groupe que j'ai co-fondé, Sidony Box (vu au SJF en 2014, ndlr) il y a maintenant 5 ans, j'ai décidé de sauter le pas du jour au lendemain, sans hésiter !


Vous avez joué avec de nombreux artistes. Quelle collaboration artistique vous a le plus marqué ?

Mateo Guyon (percussions) : Impossible de quantifier la qualité des rencontres. Chacune amène une pierre à l’édifice, elles sont toutes importants, car que le souvenir soit bon ou mauvais, on en retire toujours quelque chose de constructif. Toutes mes collaborations ont nourri mon parcours, que ce soit en classique, en jazz ou en chanson. Si je devais n’en retenir qu’une, ce serait Renaud Lemaître, mon dernier professeur avec qui j’ai terminé ma formation.

Propos recueillis par Anne-Cécile et Hélène


Sur la platine de Pierre Durand

Accompagné de sa guitare, il propose une sieste musicale aujourd'hui à 16h, place du Moulin sous la Tour. 



Steal Away - Hank Jones & Charlie Haden (Verve)


« Hank Jones est un artiste que j’admire profondément. Il est décédé il y a quelques années dans l’indifférence quasi générale. Il est pour moi la figure du sage en musique. Il n’a eu qu’un maître : le morceau qu’il jouait. Très franchement, je connais très peu de musiciens qui sont capables de cette humilité : mettre leur ego au service d’un morceau, le don de soi le plus absolu pour un musicien. Avec lui, jamais un morceau n’a été prétexte à solo ou à tirer la couverture vers soi, quitte à trahir le morceau. Je n’ai entendu qu’un autre pianiste arriver à cette prouesse : briller en mettant en valeur un morceau, sans le trahir. À ma connaissance, c’est Keith Jarrett.

Ce disque avec « The Oracle » (qui comprend Dave Holland & Billy Higgins) est un chef d’œuvre d’humilité où des artistes mettent leur ego au service non pas la musique, mais du morceau qu’ils jouent. Ce qui est différent. Le morceau devient alors une histoire à part entière, il a une existence propre avec un passé et un futur. Le morceau leur survivra car ces deux géants de la musique, Hank Jones et Charlie Haden, ont su par leur génie magnifier ce répertoire, le restaurer, en bref : lui donner une seconde vie. J’ai en tête Hank Jones pendant l’enregistrement du solo, il se mettait au service du morceau et avait un sens de la forme musicale incomparable. »



Rain Dogs - Marc Ribot alias Tom Waits (Island records)


« J’ai choisi cet album, qui n’est pas enregistré sous son nom, à dessein, pour faire connaître ce guitariste par le plus grand nombre. Marc Ribot est un mec génial. Il a joué pour tout le monde : Robert Plant, Ornette Coleman, Mc Coy Tyner, Bashung, Marianne Faithfull, Elvis Costello, Solomon Burke… Et bien d’autres encore. Sous son nom, on ne sait jamais ce qu’il va faire : rock, salsa, musique de films… Il est d’une créativité inouïe. C’est un modèle pour moi, il me sert de référant dans sa quête de liberté, dans sa démarche d’être un musicien « tout terrain » sans être un caméléon. Il aime le punk, le rock, la musique classique, contemporaine, le blues, le free, le jazz, la chanson. Ce qu’il fait est exemplaire : il fait entendre son côté punk quand il joue dans un esthétique jazz, il fait entendre son côté rock quand il joue du contemporain, etc.

Bref, il ne renie rien de ce qui le constitue, au contraire, il fait tout cohabiter… Et ça marche du tonnerre, c’est complètement cohérent. Au fond, c’est ça qu’on appelle avoir une vraie personnalité… Du coup, il est libre tout en revendiquant, il se fixe des contraintes précises pour être créatif. Je l’ai écouté en concert plusieurs fois dont une en solo, peu de temps avant d’enregistrer à la Nouvelle-Orléans. C’était génial à voir, il faisait la première partie d’une grosse formation composée de nombreux musiciens avec une moyenne d’âge comprise entre 20 et 35 ans. Eh bien celui qui jouait la musique la plus jeune d’esprit, la plus créative et celui que prenait le plus de risques, c’était lui : un mec de 60 ans, tout seul avec sa guitare. Il m’inspire pour tout cela. »


Dans la brume électrique avec les morts confédérés - James Lee Burke (Rivages)


« Je suis obligé de citer un écrivain, j’ai lu plus de livres que je n’ai écouté de musique. Les livres et le cinéma sont des sources indispensables d’inspiration musicale.

Sans l’immense écrivain James Lee Burke, je ne serai jamais allé enregistrer ce disque en solo. Je l’ai découvert par hasard à la fin des années 90. Il a écrit des romans se passant au Texas puis dans le Montana avec son personnage Billy Bob Holland. Il a écrit sur la Nouvelle-Orléans, notamment avec son héros Dave Robicheaux. Il a écrit des romans magnifiques ne s’inscrivant pas dans ces 2 séries comme Vers une aube radieuse ou Half of Paradise. J’ai eu la chance de commencer par la première aventure de Dave Robicheaux, La pluie de néon. Je n’ai eu depuis qu’à suivre l’ordre chronologique. C’était bien avant l’adaptation de Bertrand Tavernier avec Tommy Lee Jones.

Il y a du Faulkner dans son écriture, une profonde compassion pour le dernier des salauds. Il les dépeint au fond comme des hommes profondément malheureux, aveuglés par la colère qui les ronge, incapables et trop faibles pour affronter leur tourment intérieur. Cet écrivain m’a tellement marqué que lorsque j’ai passé mon prix au Cnsm de Paris, j’ai composé un morceau en ayant Dans la brume électrique… en tête. Je l’ai intitulé, « Tribute », c’est le premier morceau de mon prochain album, enregistré en 4tet cette fois, qui sortira à la fin de l’année. C’est James Lee Burke qui m’a fait comprendre que la Louisiane était un pays loin de correspondre aux clichés que le cinéma a pu véhiculer. Quand on le lit, on sent les odeurs, on voit les couleurs, on entend les bruits. Mon voyage là-bas m’a montré combien James Lee Burke est juste dans ces descriptions et comme la Nouvelle-Orléans est une ville qui a de nombreuses faces cachées. C’est un des très grands écrivains américains vivants dont le style ne ressemble à personne d’autres chez ses contemporains. Qui peut se vanter de cela de nos jours ? »

Propos recueilis par Myriam

mercredi 15 juillet 2015

Dans la marmite de Gérard Ramirez

Gérard Ramirez, directeur de l’école de musique du pays segréen, clarinettiste de formation, travaille depuis plus de 25 ans sur les questions des enseignements artistiques. 


Arrivé à Segré depuis 2 ans, il s’est naturellement impliqué dans le Saveurs jazz festival. Ainsi, deux projets ont pu être menés. Le premier projet associa Will Guthrie, batteur australien, avec le Big Band de l’école de musique et le deuxième dans le cadre du Printemps des orgues  avec les classes chantantes de l’Anjou Bleu, la maîtrise des pays de Loire, le quintet de jazz d’E. Bex et les saxophonistes P. Menuau et J. Behar.



Cet épicurien apprécie particulièrement la cuisine, l’alliance des mets et des vins, cette notion de plaisir des sens, pour lui c’est la même sensation quand il fait de la musique, le partage est là et c’est une bonne occasion pour refaire le monde…

« Je cuisine volontiers mais ne refais jamais le même plat car je le décline sous plusieurs formes, tagine d’agneau au citron, aux pruneaux…
D’origine andalouse, j’excelle dans la confection d’une tapenade mais je ne dévoile pas ma recette… La cuisine, c’est avant tout une association de bruits, d’odeurs, de langue, d’ambiance, manger des tapas ne peut se faire qu’en Espagne…
J’apprécie particulièrement en été de boire un rosé provenant du Mas Jullien situé sur les terrasses du Larzac. Ce vin brille par son intensité aromatique et sa fraîcheur, dans une expression et une sensation d’ensemble uniques.

Voici une recette originale, que je réalise : une épaule d’agneau au paprika et à la vodka. Cette épaule sera travaillée au pinceau, tout au long de la cuisson au four, avec un badigeon fait d’huile, d’oignons et de paprika. Un quart d’heure avant la fin, on injecte à l’aide d’une seringue, un mélange fait de vodka, de poivre et d’écorces de citron, qui aura macéré pendant 48h au préalable. Ce plat s’accompagne volontiers d’un cocktail constitué d’ 1/5ème  d’une Vodka à l’herbe de bison, Zubrowka, par exemple et de 4/ 5ème de Champagne.

Je ne suis pas très dessert, je mange surtout des fruits, en été je me régale de cerises, d’abricots, de pastèques… par contre, je me délecte d’un simple morceau de chocolat noir à 70%.

J’aime manger aux Boissons Rouges à Segré car c’est un lieu convivial. On y trouve des produits locaux intéressants. Autrement, il y a un lieu magique qui existe à Montpellier tenu par les frères Pourcel, Le jardin des sens, ce sont des créateurs artistes, leur cuisine est poétique, sensuelle... y manger c’est comme accueillir Marcus Miller… »

Gisèle et Nadège



La rédac a testé pour vous... le film Marcus

Diffusé le 10 juillet au cinéma Le Maingué de Segré.




C’est une véritable plongée dans la vie du célèbre bassiste Marcus Miller, que nous fait vivre Patrick Savey. Ce documentaire fourmille de sources musicales, vidéos live et témoignages. On découvre sa rencontre avec le jazz, la façon dont il a grandi à New York ainsi que ce qui changera la vie de ce jeune clarinettiste classique : la basse. Un instrument qui devint comme son double, et dont il ne se sépara jamais.

Une myriade d’artistes a collaboré avec lui : Ahmad Jamal, Al Jarreau, George Benson, Herbie Hancock, Wayne Shorter… et le grand Miles Davis. Leurs témoignages sont une vraie mine d’or pour tout amoureux de jazz ou novice avide de nouvelles écoutes.
Avec le magnifique album Tutu (Miles Davis), Marcus Miller nous dévoile sa façon de composer et toutes les questions qui surviennent lors de ce processus. Pourquoi composer ? Comment trouver son style ? Que raconter dans ses chorus ? …

Après ce survol de l’évolution du jazz sur 3 décennies, on assiste à un final magnifique à la manière d’une jam session sur la scène de Jazz à Vienne entre le groupe de Keziah Jones et Marcus Miller. Le titre Come together des Beatles comme un message d’espoir aux nouvelles générations.


Bref, un film à voir absolument avant le concert de Marcus Miller sur la scène du Parc jeudi soir !

Orianne

3 questions à Charles-Alexis, 1er bénévole inscrit cette année !

Charles-Alexis vient de la Ferté-sous-Jarre (77), il est consultant en management de systèmes d'information. Plongeons avec lui dans l’ambiance du festival.

Pourquoi avez-vous choisi d’être bénévole au Saveurs Jazz ?

Je suis déjà bénévole au festival Ferté Jazz qui est organisé dans notre commune. Par ailleurs, je suis un angevin d'adoption et il m'a semblé naturel de participer également au Saveurs Jazz. La collaboration avec l'équipe d'organisation du festival, les techniciens, autant que les autres bénévoles est un réel plaisir. Il existe au sein des différentes équipes une véritable convivialité et une générosité qui motivent et forcent l'admiration. C'est un vrai concentré de bonne humeur pour relever le défi de la réussite d'un festival. 

Que représente le jazz pour vous ?

Je suis amateur de musique et de jazz en particulier. Je n'en ai pas une grande connaissance mais j'en apprécie particulièrement l'apparente solitude des musiciens au sein d'une organisation cohérente et harmonieuse dans laquelle ils expriment, euh pardon... imposent leur talent, rivalisent de créativité et de virtuosité dans un espace de liberté circonscrit. J'aime cette atmosphère féerique qui se dégage des scènes de spectacle. Quant à la programmation de cette 6e édition, elle est à nouveau une rencontre de plusieurs talents et de générations différentes. J'aime ce métissage. Le festival me paraît ouvert et très accessible. 

Fin mai au Ferté Jazz, avez-vous eu des coups de cœur que vous aimeriez partager avec nous ?

De talentueux artistes tels les Cotton Belly’s ou la majestueuse Aurore Voilqué pour ne citer qu’eux nous ont enchantés. Le quartet Manu Katche/Éric Legnini/Richard Bona/Stefano Di Battista a été un vrai régal. Le Ferté Jazz 2015 a été un moment de pur bonheur.

Propos recueillis par Anne-Cécile et Hélène

mardi 14 juillet 2015

Présentation de nos rubriques

Petit bonus pour vous repérer entre nos différentes rubriques, voici leurs présentations !


3 questions à... va à la rencontre des artistes, bénévoles et organisateurs et dresse le portrait de ceux qui font vivre le festival.

Gastronomie et musique sont les deux ingrédients du festival. Dans la marmite de...  les mélange pour vous dévoiler les rituels culinaires fétiches des festivaliers.

La rédac a testé pour vous... vous présente une activité de la veille qui nous a particulièrement plu. Concert, dégustation, balade ou encore ballade, nous vous donnons notre avis. Un retour sur les évènements du festival pour vous les faire revivre.

C’était hier... nous permet de revivre les performances musicales de la veille, de remémorer de bons souvenirs aux heureux présents et de donner un aperçu du spectacle aux malheureux absents.

Envie d’inspiration pour vos écoutes ? Sur la platine de... vous invite à découvrir les coups de cœur musicaux des différents intervenants du Saveurs Jazz qui vous proposent 3 morceaux à écouter dans des situations particulières.

Parce que le festival ne vit pas seulement durant les cinq jours de représentation, ces chroniques vous permettent de rester à la pointe de l’actualité du festival, de ses artistes et de ses acteurs. C’est pourquoi, dans le cadre des numéros hors-série qui paraissent au fil de l’année, nous écrivons Des nouvelles de...

mercredi 1 avril 2015

3 questions à Jérôme "Kalcha" Simonneau (journaliste conférencier)

Pourquoi avoir choisi Jef Gilson pour arpenter les coulisses du jazz et comment la conférence s'orchestrera-t'elle autour de lui ?

J'ai choisi d'axer cette conférence autour du travail du compositeur, pianiste et chef d'orchestre de jazz Jef Gilson car j'ai activement participé aux rééditions de son oeuvre sur le label anglais Jazzman Records. Je maîtrise donc bien le sujet, et les parcours de Jef ou de nombreux musiciens qu'il a lancés (Ponty, Portal, Lubat, Texier, Vander, etc) en font un vecteur intéressant pour traverser cinq décennies de musique en France.
Nous suivrons le parcours sinueux et méconnu de Jef qui s'est essayé à de multiples formes de jazz entre le milieu des années 40 et la fin des 90's : swing, be bop, modal, oriental, vocal, spiritual, hard bop, afro, free, blues, big band...Ses morceaux seront le fil conducteur pour découvrir à quel point le jazz a su évoluer, s'est radicalement transformé, au fil des époques.

Pour une personne qui souhaiterait découvrir Jef Gilson, quels albums conseilleriez-vous ?

La plupart des vinyles originaux des 60s/70s de Jef n'ont pas été réédités, ils sont donc très rares et très chers (plusieurs centaines d'euros pour un album en bon état). Je conseille donc plutôt les compilations The Best Of Jef Gilson et The Archives ou encore le coffret Gilson et Malagasy (sur sa période malgache) que le label Jazzman Records a sortis entre 2011 et 2014.


Côté saveurs, quel mets se marierait bien avec sa musique ?

Difficile de ne garder qu'un seul mets tant l’œuvre de Jef est diversifiée. Il pourrait dresser une carte de restaurant à lui tout seul, du plat traditionnel malgache à la gastronomie moléculaire, en passant par la fondue savoyarde ou une soupe de châtaignes ardéchoise (où il a terminé sa vie).


Ne manquez pas la conférence De l'eau dans le jazz le 10 avril à 20h30, Maison pour tous de La Pouëze