dimanche 19 juillet 2015

3 questions à Vincent Bertholet, contrebassiste et fondateur de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp

L’OTPMD se nourrit d’une myriade d’influences, réunies dans son dernier album Rotorotor avec une précision déconcertante, mêlée d’une énergie remarquable.


Comment s’organisent la composition et l’écriture au sein du groupe ?


Je suis à l'origine de la plupart des morceaux, qui restent collectifs : nous partons en général d'une ligne de basse et d'un groove. Parfois j'ai une idée de thème ou de riff un peu plus précis, mais le plus souvent, notre base est très minimaliste. Ensuite nous improvisons tous ensemble sur cette base... des idées se dégagent, nous enregistrons tout puis je fais des propositions par rapports à nos impros. En cas de difficultés à se mettre d'accord, j'ai toujours le dernier mot. C'est une des idées fondatrices de ce groupe : je ne ferai jamais de compromis, tous les musiciens qui nous rejoignent le savent et l’acceptent. Les textes sont écrits en grande majorité par Wilf, notre batteur écossais, qui se base sur les improvisations de Liz, la chanteuse.


Pour votre album Rotorotor, qu’a apporté le producteur John Parish[i] à votre musique ?


Il a réussi à retranscrire une énergie, une poésie que l'on ne retrouvait que sur scène. Étant une des personnes les plus bienveillantes que l'on puisse rencontrer, il nous a mis très à l'aise pour que nous soyons capables de donner le meilleur de nous-mêmes. Tout ça de façon très subtile. Il a peu touché aux structures des morceaux, n'intervenant qu'ici ou là, pour enlever quelques mesures, proposer un overdub[ii]. C'est un ensemble de petites choses qui font que son travail est exceptionnel.


D’où est venue l’idée de mettre à l’honneur Marcel Duchamp dans le nom de votre orchestre ?


Une idée de notre tromboniste Mathias Forge, investi dans l'art contemporain. Ça collait bien à ce que je voulais : Duchamp a toujours refusé d'être catalogué dans un courant, il a toujours nié être dadaïste ou surréaliste, même s'il en était proche. Son droit à la paresse qu'il revendiquait, son grand humour, m'ont beaucoup touché. C'était aussi pour créer une tension avec orchestre tout puissant, appellation très courante des orchestres d’Afrique de l'Ouest. La volonté de rassembler des mouvements contradictoires. Mais c'était quand même une blague au départ, il y a avait pas de grand concept derrière tout ça.



[i] Musicien et producteur anglais, il a notamment collaboré avec PJ Harvey.
[ii] Technique qui consiste à ajouter des sons à un morceau déjà enregistré.


Hélène et Anne-Cécile

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